De l'élégance dans la restauration du patrimoine, l'exemple du Neues Museum.

Neues Museum, Berlin, 2009.

Pour reprendre les mots du critique d’architecture Rowan Moore dans un article de l'Architectural Review, David Chipperfield dirige son intervention architecturale non pas par la “virtuosité” typique des architectes stars du 21ème siècle , mais par la modestie et l'humilité face au patrimoine bâti d’un temps plus ancien.


Face à une ruine, nous avons généralement affaire à trois attitudes de l'architecte contemporain chargé de projet, il peut essayer de créer un dialogue entre l'ancien et le contemporain, ou de faire taire l'ancien en le masquant, voire en le démolissant, ou encore, il peut tenter d'ajouter "sa signature" à l'existant. Au Neues Museum, David Chipperfield opte pour une quatrième option. Se taire, et c'est ce qui a fait parler de lui. Par son désir de non-intervention, il a redéfini le geste architectural contemporain et a mis en lumière une esthétique inédite dans un monde où la nouveauté prime sur le vieillot.

Les murs du bâtiment portent les cicatrices de la succession des décors à la mode des époques, et fatalement, d’un bombardement de la seconde guerre mondiale. Ensuite, il y eut un moment de contemplation, l'éloge de la ruine et l'exposition de ses entrailles. On imagine facilement un Hubert Robert qui aurait pu l’apprécier, la décrire et peindre cette oeuvre du temps.



Puis vint le moment de l'intervention. L'architecte s’est vu chargé de la mission de rendre au bâtiment son exigeante fonction muséale, il décida de le faire en stabilisant et cicatrisant ses plaies sans vouloir les faire disparaître. Son intervention cherche à être discrète et c'est par cette non-exposition d'une signature, que Chipperfield créer sa signature. À l'opposé de la philosophie des bureaux stars prônant une société de la nouveauté comme Foster, Hadid ou Gehry pour ne citer qu'eux, Chipperfield se distingue par la discrétion élégante de sa construction pourtant si complexe. Un geste "d'understatement" en architecture. L'enduit tombé pendant la guerre devient la texture des décors intérieurs, les voûtes mises au jour prennent comme motif leurs entrailles de brique et d'argile, et les pièces se présentent les unes après les autres aux visiteurs en affichant leurs défauts soigneusement pérennisés, mais pas jamais maquillés. Il y a bien quelques éléments construits de toutes pièces par l'architecte comme l'escalier monumental, mais Chipperfield a pris soin de reprendre le dessin de la volumétrie de l'escalier d'origine, complètement détruit par la guerre, comme pour symboliser sa précédente présence et laisser le visiteur l'imaginer sans vouloir en faire la copie.


Par cette attitude, Chipperfield respecte non seulement les chartes de la restauration du patrimoine, et montre que l'humilité et la discrétion face à l'histoire sont souvent l'expression élégante et juste de l'architecture.


Bonne semaine à toutes et à tous !

Minh-Son

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